Le pupitre cornemuse

 

A savoir...

            Aux dires de nombreux musicologues, la cornemuse aurait vu le jour en Mésopotamien sans doute plusieurs milliers d'années avant J.-C.; ce serait ensuite les légions romaines, au cours des nombreuses campagnes de l'empire, qui auraient rapporté l'instrument, le répandant sur les divers territoires conquis, où il prit des formes diverses... Jusqu'aux terres de l'actuelle Écosse.

            De nos jours, la grande cornemuse des Highlands (Great Highland bagpipe) se compose d'un porte vent (blowpipe), d'une poche (bag), d'un chalumeau (chanter) et de trois bourdons (drones).

            Le joueur de cornemuse, ou sonneur (piper) souffle dans le porte vent, alimentant ainsi la poche en air. Cet air alimente l'anche double  du chalumeau (Illustration 1), permettant ainsi au musicien de laisser aller ses doigts sur celui-ci pour jouer la mélodie, mais également les anches simples des bourdons (basse et ténors), qui produisent un son de pédale, à la manière d'un orgue, pour accompagner la mélodie.

 

Lorsque que le joueur souhaite reprendre son souffle, il presse la poche, qui continue ainsi à alimenter le chalumeau et les bourdons en air, permettant au musicien de jouer en continu.

 

Pour aller plus loin...

            A l'origine, l'instrument est un instrument de soliste: chaque clan possédait son propre sonneur. La grande cornemuse possède son propre répertoire musical qui lui est uniquement dédié, appelé piobaireachd (« pibroch' », ou encore Ceol Mor en gaélique); le sonneur jouait de la grande cornemuse lors des moments forts de la vie du clan, comme l'accueil d'un éminent personnage (les « Salute »), les rassemblements du clan (les « Gathering »), ou encore le décès d'un individu cher au clan (les « Lament »).

            Le répertoire plus profane, composé d'airs et de danses (appelé light music en anglais, ou encore Ceol Beg en gaélique, qui signifie « musique légère ») était davantage joué sur d'autres cornemuses, plus petites et moins sonores, au son plus doux et plus propice à la fête (smallpipes et borderpipes).

            Il faut attendre le XVIIIème siècle pour que la grande cornemuse des Highlands prenne définitivement la forme qu'on lui connaît aujourd'hui et pour que la première formation dite « Pipe Band » voit le jour au sein des régiments écossais. L'ensemble des percussions (voire l'article correspondant) défilait à l'origine devant les cornemuses; c'est la reine Victoria qui, pour des raisons esthétiques, décida de faire défiler les cornemuses devant les percussions.

            De décennies en décennies, le Pipe Band perdit en partie sa vocation purement militaire pour  entrer dans la société civile: ainsi sont apparus des Pipe Band dans la police, ou encore dans le corps des pompiers.

            De nos jours, il existe de nombreux Pipe Band, aujourd'hui davantage civils que militaires. On en trouve aux quatre coins de la planète, en raison de la « diaspora » écossaise: Écosse bien entendu, également sur l'ensemble de la Grande Bretagne, en France, en Allemagne, mais aussi jusqu'aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle Zélande... On en trouve même jusqu'en Égypte et au Japon!

            Ces diverses formations sont de tous les niveaux, des Pipe Band scolaires jusqu'aux Pipe Band professionnels qui s'affrontent lors de championnats mondiaux à Glasgow.

            Les sonneurs peuvent également s'affronter à titre personnel lors de concours solistes, où les musiciens doivent rivaliser de virtuosité en jouant seuls des types de morceaux imposés (Pibroch', ou encore Marche, Strathpey et Reel (danses écossaises), etc.).

 

En guise de conclusion...

            La grande cornemuse des Highlands ainsi que les Pipe Band s'inscrivent donc dans une tradition ancienne, pourtant encore solidement ancrée dans notre époque; une tradition qui, aux vues du succès des diverses manifestations « celtiques » à consonance écossaise, a encore de beaux siècles devant elle!

Par Matthieu BELLANGER

Merci beaucoup à Loïc BIEUZEN et à Jean-Marie HUDELOT, qui m'ont éclairé dans la rédaction de cet article.